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Article – Une dispense légitime de recherche d’emploi ? Les personnes handicapées et la norme d’emploi

Abstract : À partir d’une enquête par entretiens biographiques, l’article porte sur le rapport à l’emploi des personnes handicapées. Malgré un cadre d’action publique ambiguë, qui laisse la possibilité à une partie de la population handicapée d’envisager une vie sans emploi par la réception d’allocations ou de pensions, les personnes handicapées aspirent à occuper un emploi, synonyme pour elles d’intégration sociale. Néanmoins, différents facteurs peuvent les amener à remettre en question l’objectif d’insertion professionnelle, de manière durable ou temporaire : le volume de travail de santé et de handicap à effectuer, les discriminations sur le marché de l’emploi, la réception de ressources économiques alternatives, notamment via les allocations, et pour les femmes, les inégalités de genre.

Citation : Boudinet, Mathéa. « Une dispense légitime de recherche d’emploi ? Les personnes handicapées et la norme d’emploi », Sociétés contemporaines. 2024 n° 134‑135. p. 143‑171.

Article – Quand les violences de genre oublient le handicap

Mon article co-rédigé avec Célia Bouchet et Amandine Couraud portant sur les violences de genre perpétuées à l’encontre des femmes handicapées vient de paraître dans le dernier numéro de la revue Terrains & travaux.

Abstract : En combinant deux corpus d’entretiens biographiques menés auprès de femmes handicapées en France, cet article explore des récits spontanés de violence pour analyser les processus sous-jacents et en dégager des implications pour la compréhension des violences de genre. Dans certains cas, le handicap peut activer des leviers classiques des violences de genre telles qu’elles ont été étudiées pour les femmes valides (stéréotypes sexistes, dépendances économiques). Dans d’autres, il vient enrichir la conceptualisation de certaines violences de genre (performance des normes de genre, contrôle coercitif) ou encore mettre en lumière des contextes de violences de genre sous-explorés dans la littérature (institutions médicales et médicosociales). Grâce à une approche intersectionnelle des articulations entre genre et handicap, l’article affine la compréhension des violences de genre, en particulier en contexte conjugal ou institutionnel.

Citation : Bouchet, Célia, Mathéa Boudinet, et Amandine Couraud. « Quand les violences de genre oublient le handicap. Éclairage à partir des expériences des femmes handicapées », Terrains & travaux. 2025, n° 46 no 1. p. 173‑196.

Livre – La théorie féministe au défi du handicap

Couverture du livre La théorie féministe au défi du handicap. La couverture est vert pâle, le texte est en violet. Au centre figure un dessin abstrait d'un corps aux membres multiples

En avril dernier est paru aux éditions Cambourakis l’ouvrage La théorie féministe au défi du handicap, coordonné par Célia Bouchet, Maryam Koushyar Soucasse, Gaëlle Larrieu et moi-même, avec le soutien du collectif handiféministe Les Dévalideuses.

Cet ouvrage est un recueil de traductions de travaux issus des feminist disability studies, et cherche à présenter ce courant de recherches anglophone en France en présentant six textes rédigées par des autrices phares de ce mouvement. Dans une introduction présentant la place des études sur le handicap et le genre en France, nous présentons les angles morts de ces deux champs et mettons en lumière les réflexions que les feminist disability studies permettent d’apporter aux recherches sur le genre et le handicap.

Les six textes du recueil sont les suivants :

  • Femmes handicapées : le sexisme sans le piédestal – Michelle Fine et Adrienne Asch, 1981
  • Vers une théorie féministe du handicap – Susan Wendell, 1989
  • La chance de vivre – Jenny Morris, 1991
  • Féminisme et handicap : portée théorique et politique du personnel et de l’expérientiel – Carol Thomas, 2001
  • Intégrer le handicap, transformer la théorie féministe – Rosemarie Garland-Thomson, 2002
  • L’éthique du care en biomédecine : le cas du handicap – Eva Feder Kittay, 2006

Informations

Bouchet, Célia, Mathéa Boudinet, Maryam Koushyar Soucasse, et Larrieu, Gaëlle. La théorie féministe au défi du handicap. Paris : Cambourakis. 2025.

Traduction : Inès Duflot, direction, Laetitia Rebord

Edition : Cambourakis, Inès Duflot

Article – Le modèle de protection sociale à l’épreuve du travail protégé en France

Mon article portant sur le milieu protégé de travail en France et son analyse en termes de modèle de politiques publiques est sorti dans la revue de sciences sociales sur le handicap Alter .

Abstract : À partir d’une enquête qualitative réalisée en France entre 2018 et 2019 (entretiens et observations), cet article discute la notion de “modèle de protection sociale” théorisée par la sociologue Katharina Heyer, à partir de l’examen de la mise en œuvre des politiques de travail protégé en France. Au vu des évolutions des politiques publiques en termes d’insertion en milieu ordinaire, peut-on encore qualifier les établissements de travail protégé de voies parallèles et séparées du milieu ordinaire? L’article démontre que l’organisation du travail en milieu protégé ne saurait se penser sans ce qui est pratiqué en milieu ordinaire. Le milieu protégé peut constituer une réponse aux besoins spécifiques des personnes handicapées, au vu des dysfonctionnements du modèle des droits en milieu ordinaire de travail. Néanmoins, les pratiques d’organisation du travail en milieu ordinaire guident l’organisation des activités productives, dans leur qualification en termes d’activité de travail, mais également dans l’évaluation du rôle à jouer dans l’insertion professionnelle à l’extérieur de l’ESAT.

Citation : Boudinet, Mathéa. « Le modèle de protection sociale à l’épreuve du travail protégé en France », Alter. 2024, vol.18‑4. p. 31‑46.

Soutenance de thèse

J’ai le plaisir de vous annoncer la soutenance de ma thèse de doctorat en sociologie intitulée :

Quand le genre travaille le handicap

Enquête sur l’articulation entre handicap et genre sur le marché de l’emploi en France  

La soutenance aura lieu en présentiel le mardi 14 mai 2024, à Sciences Po, en amphit. Afin de faciliter la logistique, je vous remercie de remplir ce formulaire pour indiquer votre venue si vous souhaitez assister à la soutenance, qui sera suivie d’un pot. 

Le jury est composé de :

Pierre BRASSEUR, Chargé de cours et Professeur, METICES, Université libre de Bruxelles

Didier DEMAZIERE, Directeur de recherche CNRS, CSO

Aude LEJEUNE, Directrice de recherche CNRS, CERAPS (rapportrice)

Sophie POCHIC, Directrice de recherche CNRS, CMH (rapportrice)

Anne REVILLARD, Associate professor, Sciences Po (directrice)

Maud SIMONET, Directrice de recherche CNRS, IDHE.S   

Résumé : Qu’implique l’appartenance à plusieurs catégories dominées dans les rapports sociaux, sur les positions occupées sur le marché de l’emploi ? La thèse porte sur la manière dont s’articulent genre et handicap sur le marché de l’emploi et en emploi, à partir de l’étude du cas des femmes handicapées. Pour ce faire, elle s’appuie sur des méthodes mixtes, croisant l’exploitation de 51 entretiens biographiques individuels auprès de 41 femmes et 10 hommes ayant une déficience visuelle, motrice ou une maladie chronique, et l’analyse de la vague 2018 de l’enquête INSEE « Emploi en continu ». Le travail de doctorat rend compte des inégalités existant entre personnes handicapées et valides selon le genre, à la fois sur le marché de l’emploi (distribution entre emploi, chômage et inactivité, recherches d’emploi), mais également en emploi (phénomènes de ségrégation horizontales et verticales, conditions de travail différenciées, discriminations). La thèse souligne l’importance de la division sexuée du travail pour les personnes handicapées, et  met en lumière la prégnance de formes de travail supplémentaires pour celles-ci : le travail de santé – l’ensemble des activités contraignantes relatives aux soins et à la gestion de la santé à une échelle individuelle – et le travail de handicap, qui correspond aux activités en lien avec la dimension sociale du handicap, notamment l’adaptation de la personne aux contraintes imposées par son environnement. Au croisement de la sociologie de l’emploi, du travail, du genre et du handicap, la thèse contribue à une sociologie de l’intersectionnalité, par ses dialogues entre champs de littérature, ainsi que son étude à la fois des parcours et des expériences professionnelles et de l’interprétation des inégalités vécues selon les positions dans les rapports sociaux.

Mots clefs : emploi; genre; handicap; emploi; travail; politiques publiques; intersectionnalité; inégalités

Article – Disability, gender or something else ?

Mon article co-rédigé avec Célia Bouchet est disponible sur le site de la maison d’édition Emerald et sur Hal. L’article revient sur les modes d’interprétation des inégalités par les personnes handicapées, et leurs évolutions au cours du parcours de vie.

Résumé :

This chapter draws on biographical interviews to analyze identity-based interpretations of inequalities by disabled people in France, as these understandings are formed and transformed over the course of their lives. We combined the material from two different studies to create a corpus of 65 life stories from working-age people with contrasting impairments in terms of type, degree, and onset, as well as various profiles in terms of gender, race, and class. When talking about the inequalities they face, respondents commonly made use of identity labels (gender, class, race, disability), among those available in their micro and macro environments. They usually presented these categories as separate and cumulative, and only a few upper-class disabled women developed reflections in line with an intersectional model. This fragmentation of identity categories translated into the framing of each inequality encountered through a single lens. Respondents mentioned race, class, or gender mainly when evoking topics and contexts that the public debate highlights as problematic, while their references to disability covered a variety of disadvantages. Although the interview situation might have fueled this framing, we also showed that certain earlier socialization processes led people to believe that their disability was the source of the inequalities they encountered. Lastly, we identified three turning points that encourage shifts in the interpretation of inequalities; these are the availability of a new label to qualify one’s experience, a competing identity-based interpretation for a mechanism, and access to a different, intersectional model of inequality.

Citation : Bouchet, Célia et Mathéa Boudinet. « Disability, Gender, or Something Else? Identity-Based Interpretations of Inequalities Over the Life Course in France » in Heather E. Dillaway, Carrie L. Shandra et Alexis A. Bender (eds.). Disabilities and the Life Course. Emerald Publishing Limited. 2023, p. 49‑67.

Article – Handicap, inégalités professionnelles et politiques d’emploi

Ma contribution co-rédigée avec Anne Revillard et Célia Bouchet dans l’ouvrage collectif Que sait-on du travail ? est disponible sur Cairn. Le chapitre présente de manière large les enjeux liés à l’insertion professionnelle et à l’emploi des personnes handicapées en France.

Résumé : Les liens entre handicap et travail sont complexes. D’une part, le travail peut engendrer des handicaps, et certains emplois plus que d’autres. D’autre part, les personnes handicapées sont souvent pénalisées dans le monde professionnel : elles peinent à accéder à l’emploi, à s’y maintenir et à y progresser. Dans cette contribution, nous mettons l’accent sur ces obstacles.

Citation : Revillard, Anne, Célia Bouchet, et Mathéa Boudinet. « Handicap, inégalités professionnelles et politiques d’emploi », Bruno Palier éd., Que sait‐on du travail ?Presses de Sciences Po, 2023, pp. 468-481.

Trouver des sources bibliographiques pertinentes en sociologie

Ce billet de blog a pour but de synthétiser les manières d’effectuer des recherches de références bibliographiques pertinentes pour la sociologie. Il s’inspire d’un document réalisé par Kevin Diter dans le cadre d’un de ses cours, et s’appuie sur mon expérience personnelle, et sur les normes que j’ai réussi à identifier avec le temps depuis le début de ma formation. Ainsi, les références ou les manières de chercher n’ont pas vocation à être un modèle exclusif, mais une représentation de ce qui me semble important et pertinent à ce stade de mon parcours professionnel.

Comment chercher ?

Il faut tout d’abord aller du plus général ou au plus particulier. Le meilleur moyen pour y arriver est de recourir à la méthode dite de la boule de neige :

  1. Identifier le thème
  2. Aller consulter les ouvrages de synthèse ou manuels
  3. Examiner attentivement les bibliographies de ces ouvrages de synthèse, puis des articles de référence que vous identifierez, pour trouver les références ou auteur-ices « classiques » de votre champ d’études

Où chercher ?

Pour identifier les principaux textes/auteur-ices de votre thème de recherche, vous pouvez tout d’abord consulter le moteur de recherche de votre bibliothèque universitaire. Ces moteurs de recherche ont pour avantage de synthétiser les différentes plateformes, et de lister les ouvrages consultables dans la bibliothèque.

Vous pouvez également recourir à différents moteurs de recherche par plateformes, et notamment consulter :

  • Les plateformes hébergeant plusieurs grandes revues de sciences sociales :
    • cairn.info : pour les références plus récentes, contient une grande partie des revues françaises et des ouvrages en version intégrale
    • OpenEdition.org : plateforme de revues en accès libre
    • persee.fr : fréquemment pour les numéros de revue plus anciens
  • Google Scholar : on peut effectuer sa recherche à partir de mots clefs, et également consulter le nombre de citations pour identifier les références les plus classiques du thème parmi les références récentes

Dans l’ensemble, éviter les références aux interviews, articles de magazine non scientifiques, revues professionnelles… Les travaux scientifiques suivent des standards dans leur présentation et dans leur processus d’évaluation.

Quels types de textes choisir ?

Vous pouvez vous poser ces deux questions pour vérifier que la source que vous mobilisez est pertinente :

  1.  L’auteur-ice est-il ou elle sociologue ?

Vérifier la biographie, la discipline de la thèse, le laboratoire de rattachement. Généralement, on accepte les références aux travaux d’histoire, d’anthropologie, d’économie ou de psychologie sociale, s’il est précisé que les résultats sont tirés de ces ancrages disciplinaires.

  1. Quel est le format du texte que j’ai identifié ?

La liste suivante revient sur l’ensemble des formats auquel vous pourriez être confronté-e.

  • Les manuels

On peut les consulter pour trouver des références plus classiques ou des travaux empiriques. On essaie d’éviter de citer les manuels pour justifier les résultats empiriques. On peut par contre le citer si le manuel propose une approche théorique ou méthodologique originale, une définition d’un concept, ou des résultats empiriques originaux (exploitation d’une enquête par exemple).

Il en existe cinq collections principales de manuels synthétiques :

  • Collection 128, Armand Colin
  • Repères, La Découverte
  • Collection U, Armand Colin
  • De Boeck Supérieur, De Boeck
  • Que sais-je ?

On peut également citer certains livres écrits par des sociologues de la collection « Le mot est faible » de la maison d’édition Anamosa, mais qui sont souvent plus à destination d’un grand public et de fait vulgarisés.

  • Les ouvrages

Les ouvrages peuvent être le résultat d’enquêtes originales, des traductions ou des ouvrages collectifs. Comme pour toutes les autres sources, attention à bien vérifier que les auteur-ices sont des sociologues.

Les livres issus d’enquêtes originales sont fréquemment tirés d’enquêtes de terrains, comme des thèses, ou des projets collectifs. Ils comprennent une présentation méthodologique, et sont structurés en chapitres argumentés, mobilisant les matériaux de terrain. Les collections et maisons d’édition suivantes en publient fréquemment : les presses universitaires de France, les presses universitaires des différentes universités (Rennes, Grenoble, Sciences Po, etc.), éditions CNRS, la collection « L’envers des faits » de La Découverte, collection « Individu et société » d’Armand Colin…

Exemples : Bessière, Céline et Sybille Gollac. Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités. Paris : La Découverte. 2020.

Béraud, Céline. Le métier de prêtre. Approche sociologique. Paris : Editions de l’Atelier. 2006.

Brown, Elizabeth, Alice Debauche, Christelle Hamel, et al. Violences et rapports de genre Enquête sur les violences de genre en France. Paris : Grandes Enquêtes – INED. 2021.

Au niveau des traductions de textes sociologiques, on peut également se tourner vers les presses universitaires (comme les presses de l’EHESS par exemple), ou vers les collections publiées par d’autres maisons d’édition (les éditions Amsterdam par exemple).

Exemples : Engel, David M et Frank W Munger. Le droit à l’inclusion. Droit et identité dans les récits de vie des personnes handicapées aux Etats-Unis. Paris : Editions de l’EHESS/En temps et lieux. 2017.

Connell, Raewyn. Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie. Paris : Editions Amsterdam. 2022.

Les ouvrages collectifs peuvent prendre la forme de dictionnaires ou d’encyclopédies, ou bien de contributions d’auteur-ices sur un sujet donné. Dans le premier cas, les contributions peuvent soit être cantonnées à une discipline (dictionnaire sociologique), ou à plusieurs, à partir d’une thématique commune (l’action publique, l’environnement etc.). L’introduction du livre vous donnera une idée plus précise du type de contributions demandées, et des ancrages théoriques et disciplinaires des auteur-ices.

Exemples : Rennes Juliette, Encyclopédie critique du genre. La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2021.

Boussaguet Laurie, Jacquot Sophie, Ravinet Pauline, Dictionnaire des politiques publiques. 5e édition entièrement revue et corrigée. Presses de Sciences Po, 2019.

Dans le second cas, l’ouvrage collectif est conçu comme une synthèse de contributions empiriques sur un sujet donné. Ce type d’ouvrages sont fréquemment le résultats d’événements scientifiques (congrès, journées d’études) ou d’appel à communications spécifiques. Ils sont généralement soumis à l’évaluation par les pair-es.

Exemples : Bessin, Marc, Claire Bidart, et Michel Grossetti. Bifurcations les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, Paris : La Découverte. 2010.

  • Les articles scientifiques

Les articles scientifiques en sociologie ont pour point commun la présentation d’une question de recherche, d’une approche théorique, d’une méthode (sous forme de partie ou d’encadré), et de résultats. Accompagnés d’un résumé de l’article (parfois aussi appelé abstract), la démonstration faite par les sociologues s’appuie sur des éléments empiriques (enquête de terrain, archives, statistiques…) ou prend la forme d’une revue de littérature.

Leur caractère scientifique est assuré par l’évaluation par les pair-es. Ils constituent à ce titre les références plus légitimes à citer, et doivent constituer au moins la moitié de la bibliographie.

La revue Socio-logos a établi un inventaire des revues où publient les sociologues : https://journals.openedition.org/socio-logos/2310. Cette liste permet un premier aperçu des revues de sociologie française.

On peut distinguer trois types de revues :

  • Les revues de sociologie générale

Ces revues, pouvant comporter des numéros thématiques, publient des articles sur de divers sujets. Elles divergent en termes d’approches théoriques et/ou méthodologiques. Elles sont fréquemment gérées par des comités de rédaction composées entièrement par des sociologues.

Exemples : Revue française de sociologie, Actes de la recherche en sciences sociales, Sociétés contemporaines, SociologieS, Terrains et Travaux, Economie et Statistique, Populations…

  • Les revues de sociologie portant sur un thème

Ces revues se distinguent des revues de sociologie généralistes par leur concentration sur une thématique ou approche théorique spécifique. Elles sont souvent gérées par des comités de rédaction composé par des universitaires.

Exemples : Travail genre et sociétés, Sciences sociales et santé, Temporalités, Sociologie du travail…

  • Les revues interdisciplinaires portant sur un thème

Ces revues peuvent être gérées par des institutions publiques et/ou des universitaires. Dans tous les cas, le comité de rédaction et/ou coordinateur-ices de numéro est composé en partie par des sociologues. Elles portent sur une thématique définie, et peuvent être à destination à la fois du public académique et des acteur-ices de terrain. Enfin, les numéros peuvent être composés d’articles relevant de la sociologie, et d’autres disciplines (économie, histoire, psychologie…).

Exemples : Champ pénal, Genre sexualité & société, Travail et emploi (géré par la DARES), Politiques sociales et familiales (géré par la CAF) …

  • Les recensions

Les recensions d’ouvrage sont des résumés d’ouvrages effectués par des sociologues, dans le but de proposer une présentation synthétique et critique d’un livre de sociologie. Rédigés par des personnes autres que les auteur-ices du livre, les recensions prennent la forme d’un texte court, revenant sur les chapitres du livre et présentant en fin de texte une réflexion sur les apports, qualités et défauts de l’ouvrage.

Les recensions sont rarement citées en tant que tel, mais servent plutôt à « lire » un livre sans le lire réellement, et se familiariser avec les arguments et résultats d’un travail de façon rapide.

Les recensions se trouvent dans des revues scientifiques (généralement en fin de numéro, section « recension », « lectures » ou « compte-rendu »), dans des revues spécialisées (https://lectures.revues.org/), des sites de vulgarisation de sciences sociales (http://www.laviedesidees.fr/).

Ou dans les revues scientifiques (il y a souvent une section « recension », « lectures » ou « compte-rendu » qui résume les dernières parutions en sciences sociales)

  • Les sources quantitatives

Les sociologues sont fréquemment amené-es à mobiliser des sources quantitatives pour cadrer leur argumentaire, présenter une population, mettre en lumière un décalage, etc. Cependant, toutes les sources de données quantitatives n’ont pas la même valeur.

  • Privilégier les analyses des institutions publiques, au niveau national (INSEE, Défenseur des droits), ministériel (DARES, DREES, DEPS, ministère de la Culture…), ou parlementaire (rapports du Sénat, de l’Assemblée nationale). Les sites présentent fréquemment des analyses quantitatives sur un grand nombre de sujets, à partir de base de données fiables. Les sources peuvent prendre la forme d’articles, de synthèses, de notes d’informations, de compte-rendu pour des inspections… Ce type de documents peuvent être trouvés également dans d’autres pays, mais sont sans grande surprise peu traduits. Vous pouvez également vous référer aux documents utilisés par l’Union européenne, ou les grandes organisations non-gouvernementales (ONU par exemple).
  • Eviter les instituts de sondage, les chiffres non sourcés… Vous pouvez consulter la presse, mais il faut retrouver d’où vient l’information, et avoir une analyse critique par rapport à celui-ci.

Quelques exemples :

Sur le site de l’INSEE : https://www.insee.fr/fr/accueil

  • INSEE Première : articles courts (4 pages) de commentaires de tableaux statistiques ; très pratique pour mise au point et illustration statistique sur un sujet précis
  • Economie et Statistique : pas seulement articles d’économie, aussi articles de sociologie ; commentaire de statistiques mais généralement niveau plus difficile et articles plus longs
  • France Portrait social/ INSEE Références (anciennement Données sociales) : article assez court sur des thématiques variées sur la société française

Sur le site de l’INED : https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/

  • Population et Sociétés : ce sont les équivalents de Insee Première, à savoir des bulletins d’information scientifique qui traite chaque mois d’une thématique particulière.

Sur le site du Ministère de la Culture : https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation

  • Culture Etudes : articles descriptifs sur une problématique liée au domaine de la culture en France
  • Culture Chiffres : articles présentant les chiffres clés des pratiques/dépenses culturelles
  • Puiser dans d’autres disciplines

Pour analyser un sujet, on peut effectuer des revues de littérature ne se limitant pas qu’à la sociologie pour avoir un aperçu plus large de la manière dont le sujet a été traité par les sciences sociales. Faire référence à ces sources est loin d’être interdit, mais il faut toujours recontextualiser la discipline dont le texte est cité. En effet, la sociologie se distingue des autres sciences sociales par son approche méthodologique et son ancrage théorique dans certaines traditions. Les méthodes, théories et postulats de base des autres disciplines diffèrent, et c’est pourquoi il est nécessaire de bien préciser d’où vient la source mobiliser.

Vous pouvez donc mobiliser des travaux de démographie, d’anthropologie, d’histoire, d’économie, ou de psychologie sociale, mais celles-ci ne doivent pas constituer votre source principale d’informations. Ces références viennent compléter les sources sociologiques que vous mobilisez.

Autrice : Mathéa Boudinet. Mis à jour le 10 mars 2023.

« Tu seras prof de braille ou kiné » : la norme de compatibilité dans le cas des personnes déficientes visuelles

Quels métiers sont présentés comme accessibles aux personnes déficientes visuelles ?

Lors de l’analyse des entretiens, je me suis rendue compte que la notion de « compatibilité » était fréquemment mobilisées par les enquêté-es quand ceux-ci et celles-ci décrivaient la manière dont s’est construit leur orientation professionnel. Ils et elles employaient en partie ce terme à la fois pour qualifier l’articulation entre leurs limitations et des capacités requises de la profession.

Les personnes interrogées justifiaient ainsi l’exclusion de certaines professions comme options envisageables par leur incapacité à effectuer des tâches requises perçues indispensables à leur exercice. Dans leurs discours, certaines professions ne peuvent pas être aménagées, et sont à proscrire dans leur cas. Ces représentations de l’adaptabilité des postes sont diffusées par différentes instances socialisatrices (employeur, service public de l’emploi, médecins, famille).

Ce billet de blog revient sur la diffusion de cette norme par ces vecteurs de socialisation, dans le cas spécifique des personnes déficientes visuelles. Je montre ainsi que les personnes malvoyantes et non-voyantes se voient présenter un panel très réduit de professions envisageables au cours de leur parcours scolaire et professionnel.

Méthodes

Cet extrait d’analyse repose sur l’exploitation de la campagne d’entretiens biographiques réalisés dans le cadre de ma thèse et du projet “Handicap, genre et précarité professionnelle”. Menés entre août 2020 et décembre 2021, les entretiens portaient sur la formation scolaire, les expériences professionnelles et les périodes sans emploi. Les questions revenaient également sur les événements en lien avec l’histoire conjugale et familiale et la sphère de santé, pour capter l’influence que ces deux sphères pouvaient avoir sur le déroulement du parcours professionnel. Enfin, les entretiens comprenaient également des relances sur les démarches effectuées, notamment en termes de recours à des dispositifs d’action publique en lien avec l’emploi.

Les 50 entretiens biographiques ont été réalisés avec des hommes (9) et des femmes (41) âgé-es entre 24 et 61 ans. Ce billet de blog s’appuie plus spécifiquement sur les récits des 15 personnes ayant une déficience visuelle.

Les prénoms et noms des personnes interrogées ont été modifiés.

Résultats

Sur les quinze personnes déficientes visuelles interrogées, dix mentionnent durant l’entretien une ou plusieurs des professions suivantes dans leur récit portant sur leur parcours professionnel : kinésithérapeute, accordeur de piano, empailleur de chaises, professeur de braille, informaticien ou standardiste. Ces différents types de métiers apparaissent régulièrement dans les récits de vie des enquêt-es déficient-es visuelles, soit dans le cadre de l’école, de la famille, ou des acteurs de l’orientation ou de l’insertion professionnelle. Ces orientations sont le produit d’une construction historique des types de métiers adaptés aux personnes déficientes visuelles, se basant pour la plupart sur la supposition d’un développement sensoriel qui serait spécifique à cette population (Blatgé, 2012). Comme dans l’étude de Blatgé (Ibid.) et Bouchet (2022), les enquêté-es de cette étude perçoivent ces professions comme prescrites aux personnes malvoyantes ou non-voyantes, et constituent selon elles et eux une norme pour leur groupe de déficience.

L’exemple d’Aurélie Bourg illustre l’influence de cette norme dans ses orientations professionnelles. Née malvoyante, elle et sa famille apprennent très tôt qu’elle perdra de plus en plus ses capacités visuelles tout au long de sa vie. Dès son enfance, ses parents lui répètent que « de toute façon, tu vas perdre la vue, donc tu seras prof de braille ou kiné ». Aurélie Bourg précise que sa famille insistait sur le fait qu’il « fallait que ce soit vraiment cadré dans le monde aveugle ». Elle décrit avoir du mal à se projeter, et ne pas savoir vers quelle filière s’orienter au lycée ou à la fin de ses études secondaires. Une de ses professeures lui conseille de s’inscrire en classe préparatoire aux grandes écoles au vu de ses notes. Elle y fait un an, puis intègre une école de commerce. Néanmoins, Aurélie Bourg se retrouve confrontée à d’importants problèmes financiers, sa bourse sur critères sociaux étant trop faible pour couvrir son logement et la nourriture, et sa famille ne lui verse pas d’argent. Endettée de 10 000 francs, elle rentre chez ses parents aux vacances d’hiver, et décide à contre cœur de s’inscrire en Centre de rééducation professionnelle (CRP). Elle raconte :

« J’étais assez mal renseignée et puis… Les intégrations en milieu ordinaire et tout, c’était encore pas trop ça, quoi. Donc là, j’ai dit « Bon bah allez, y a pas le choix. » Et je me suis inscrite à l’école de kiné. C’était pas que le boulot me plaisait, mais je me disais « Bon, la formation est payée. Je savais qu’à 20 ans, j’aurais l’AAH parce que voilà, ça devenait chaud financièrement. » » (Aurélie Bourg, 45 ans, déficience visuelle)

L’orientation en CRP kinésithérapie est motivée à la fois par des contraintes financières, mais également par l’idée que cette voie est une voie classique pour les personnes ayant une déficience visuelle. Aurélie Bourg considère que cette formation est la seule option possible qu’elle puisse envisager, le milieu ordinaire paraissant inaccessible (« y a pas le choix »). Elle exprime plus en détail cette idée dans la citation suivante :

« Il y avait l’aspect tout adapté, puis il y avait l’aspect professionnalisant, et puis… Je crois vraiment, pour moi, le côté… C’est un métier où la déficience visuelle est bien acceptée. Et ça, pour moi, c’était déterminant parce que j’étais passée à l’école de commerce, j’avais bien vu comment ça se passait. […] Je me suis dit « Bah tu vas te sacrifier, tu vas faire un truc qui te plaît pas forcément, mais au moins à la sortie, tu demanderas rien à personne et tu pourras faire ce que tu veux. » Il y a aussi le fait que mes parents, depuis que j’étais petite, me disaient tout le temps qu’il fallait que je fasse, « Tu seras prof de braille ou kiné. » Et au début, je voulais pas y aller. Et je crois que c’est pour ça que j’ai détesté de cette formation, parce que ça a été de la reddition par rapport à la prophétie de mes parents. » (Aurélie Bourg, 45 ans, déficience visuelle)

Ainsi, le métier de kiné est envisagé comme un « métier où la déficience visuelle est bien acceptée », contrairement aux autres emplois du milieu ordinaire. Le récit d’Aurélie Bourg fait apparaître de manière claire le caractère contraignant et pesant de la norme dans son orientation professionnelle. Ce même type de discours est tenu par d’autres personnes déficientes visuelles interrogées. Leurs récits témoignent en outre la diffusion de cette représentation par différentes institutions du handicap et de l’emploi. Melissa Belhadji (51 ans, déficience visuelle) déclare ainsi que, dans son institution médico-sociale dans laquelle elle était scolarisée au collège et au lycée, « on avait pas de conseiller d’orientation, et… On était pas, on était pas très renseignés parce qu’à l’époque il y avait pas tant de métiers qui étaient accessibles aux DV [déficients visuels], c’est juste ça quoi. ».  Le cadrage se fait ici en termes de types de professions a priori accessibles à un groupe de déficience. L’enquêtée cite ensuite les professions de kiné et pianiste à titre d’exemple. De même, Aymeric Bonneville (39 ans, déficience visuelle) explique que les documents reçus au Cap Emploi à la fin des années 1990 étaient intitulés « Quels sont les métiers accessibles aux déficients visuels ? » et ne listaient que trois métiers : kiné, empailleur de chaise et programmeur informatique. 

A la fin de son entretien, Aurélie Bourg conclut que son parcours n’a pas été défini par ses envies, mais à la fois par les représentations sur les possibilités d’emploi pour les personnes déficientes visuelles et par le manque d’adaptations ou d’aménagements des autres postes dans le milieu ordinaire.

« Je me suis toujours dit… Qu’il fallait avoir de sacrées ressources personnelles pour arriver à avoir une certaine activité professionnelle. Et j’ai envie de dire qui nous intéresse et qui nous corresponde en étant en situation de handicap, hein. […] Sauf si on rentre dans les sentiers battus, quoi. Sauf si vraiment, voilà, on fait école de kiné. J’ai des anciens collègues de l’école de kiné, ouais, ils sont, ils gagnent super bien leur vie, ils ont des cabinets. Si on rentre dans le cadre, comme ça, proposé d’entrée de jeu, […] dans les cheminements prévus, très codifiés. Je pense qu’il y a matière. […] Moi j’étais encore de la période où il fallait faire standardiste et maintenant ça n’existe quasi plus mais bon, il  y a quelques filières balisées je pense. Je sais aussi qu’il existe des adaptations maintenant, par exemple dans l’enseignement etc. Mais… Je trouve que dès qu’on veut sortir un peu de ces schémas, c’est pas évident. Ça nécessite beaucoup d’adaptabilité et je dirais que pour moi, au jour d’aujourd’hui, pour avoir une activité professionnelle en étant déficient visuel, il faut pas mal d’imagination aussi, quoi. Et de réseau. […] Il faut toujours adapter les choses, en fait, donc il faut aussi être assez créatif pour pouvoir détourner certaines choses, les utiliser différemment, faire valoir des choses inattendues… C’est vraiment super sollicitant. » (Aurélie Bourg, 45 ans, déficience visuelle)

Le discours d’Aurélie Bourg fait apparaître les normes d’emploi spécifiques à la population déficiente visuelle. Pour elle, sortir des « sentiers battus » et des « filières balisées », c’est-à-dire la liste de professions considérées comme intrinsèquement accessibles aux personnes malvoyantes ou non-voyantes, car ne nécessitant pas ou peu d’aménagements, nécessite de faire un travail de handicap supplémentaire et de dépenser une quantité d’énergie importante (« c’est super sollicitant »). Au contraire, elle admet avoir elle fait des « sacrifi[ces] » en ne faisant pas une activité qui ne lui plaisait pas pour éviter ces tâches supplémentaires et coûteuses. De même, Melissa Belhadji (51 ans, déficience visuelle) se qualifie de « rebelle » en racontant sa décision de suivre une licence de langue étrangère appliquée au lieu de suivre une formation de kiné ou de musique.

Références

Blatgé, Marion. Apprendre la déficience visuelle : une socialisation. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble. 2012. 208 p.

Bouchet, Célia. Handicap et destinées sociales. Une enquête par méthodes mixtes. [Thèse en sociologie] : IEP de Paris. 2022. 643 p.

Autrice : Mathéa Boudinet

Article – Politiques de l’emploi, handicap et genre

Mon article co-rédigé avec Anne Revillard portant sur les implications genrées des politiques publiques de l’emploi des personnes handicapées est disponible sur Cairn.

Résumé : Les politiques publiques incitent les Établissements et services d’aide par le travail (ESAT) à devenir des passerelles vers le milieu ordinaire de travail. Or, les passages du milieu protégé en milieu ordinaire relèvent d’exceptions. L’article explore ce paradoxe à partir de méthodes qualitatives et quantitatives. L’étude montre que la majorité des personnes interrogées ne souhaite pas travailler en milieu ordinaire, perçu comme trop violent. Cette vision du milieu ordinaire est renforcée par le discours des salarié·e·s des ESAT, qui façonnent les perspectives des personnes handicapées et effectuent un tri parmi les personnes souhaitant aller vers le milieu ordinaire.

Citation : Boudinet, Mathéa et Anne Revillard. « Politiques de l’emploi, handicap et genre », Travail, genre et sociétés. 2022, vol.2 no 48. p. 71‑87.